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Écrit par
Bénédicte Laur
Publié le
Temps de lecture
5 min de lecture
Je vais commencer par une confession : je n’aime pas écouter ma propre voix.
Et si vous lisez ces lignes, il y a de fortes chances que vous non plus.
Beaucoup de femmes ressentent un inconfort - parfois subtil, parfois très présent - lorsqu’elles entendent leur voix. Comme si elle n’était jamais tout à fait juste. Trop aiguë. Trop douce. Trop ferme. Pas assez assurée. Jamais exactement à la bonne place.
Dans le monde professionnel, ce malaise intérieur devient souvent un problème concret :
La question n’est donc pas :
Les femmes manquent-elles de compétences pour parler ?
Mais plutôt :
Pourquoi leur voix porte-t-elle moins, malgré leur expertise ?
D’un point de vue physiologique, un décalage existe.
Lorsque nous parlons, nous entendons notre voix à travers les vibrations de nos os. Les autres l’entendent uniquement par les vibrations de l’air. Résultat : la voix que nous percevons n’est pas celle que les autres entendent.
Ce phénomène explique pourquoi tant de femmes disent :
Ce manque de familiarité peut créer une retenue. Et cette retenue impacte la prise de parole en public, en réunion ou face à une hiérarchie.
Mais cette dimension physique ne suffit pas à expliquer pourquoi la voix des femmes est si souvent minimisée.
La voix des femmes n’est pas neutre. Elle est chargée d’attentes, de jugements et de normes implicites.
Dès l’adolescence, un déséquilibre s’installe :
Conséquence symbolique :
Les hommes sont davantage écoutés. Les femmes davantage observées.
À cela s’ajoutent des injonctions contradictoires :
Autrement dit : parler, oui, mais dans un cadre étroit.
Résultat : beaucoup de femmes réduisent leur voix, lissent leurs propos ou se censurent pour éviter d’être jugées.
L’un des freins majeurs à l’affirmation de soi est la peur d’être perçue comme :
Cette peur crée un piège :
Certaines recherches montrent que les voix graves sont perçues comme plus crédibles et plus compétentes, ce qui peut défavoriser les voix naturellement plus aiguës.
Ainsi, les femmes peuvent ressentir la nécessité d’ajuster leur voix pour être entendues - au risque d’être perçues comme trop émotionnelles si elles augmentent leur intensité.
Se faire entendre ne passe pas nécessairement par la puissance vocale.
L’attention est davantage captée par la variation que par le volume.
Concrètement :
Ces ajustements modifient la perception du discours.
La voix devient plus posée, plus crédible et plus impactante - sans devenir agressive.
Il ne s’agit pas de parler plus fort.
Il s’agit de parler avec intention.
L’usage de la voix varie selon :
Un point revient fréquemment : les femmes s’expriment plus librement dans des groupes exclusivement féminins que dans des groupes mixtes.
La technologie reflète aussi certains biais :
Ces choix renforcent inconsciemment l’idée que la voix féminine accompagne, tandis que la voix masculine dirige.
Si tant de femmes n’aiment pas leur voix, ce n’est pas parce qu’elle est inadéquate.
C’est souvent parce qu’elles ne la connaissent pas réellement et qu’elles n’ont pas toujours été reconnues lorsqu’elles parlaient.
Faire porter sa voix commence par :
Changer la perception que l’on a de sa voix, c’est déjà commencer à modifier celle des autres.
La transformation ne peut pas reposer uniquement sur les femmes.
Faire porter la voix des femmes implique aussi :
Une voix ne porte jamais seule.
Elle porte parce qu’elle rencontre une écoute réelle.
Faire porter la voix des femmes ne signifie pas devenir plus dures, plus fortes ou plus masculines.
Il s’agit de pouvoir être pleinement soi-même, sans s’excuser, sans se contracter, sans disparaître.
La prise de parole peut devenir un espace de justesse, de confiance et de puissance tranquille.
Peut-être que la véritable évolution n’est pas de parler plus fort.
Mais d’apprendre, collectivement, à écouter autrement.